Le 17 mai, produit et rédigé par Louis Viratelle.

Il y a peu de temps, le PDG de Twitter Jack Dorsey a affirmé regretter la fonction like des tweets.

Dans son événement annuel, Facebook a annoncé vouloir masquer le nombre de likes sur les publications Instagram.
La volonté des plus grands réseaux sociaux va-t-elle mettre fin à la course à la popularité ?
C’est ce que nous allons traiter ensemble.

J’ai décidé de réaliser ce texte suite à un constat sur Instagram. 
À plusieurs reprises, j’ai posé des questions à mes abonnés sur des sujets complètement différents. La nature et la technologie. 
À chaque fois, je n’ai obtenu que très peu de réponses. Pour avoir fait le calcul, 5.7% des personnes qui ont vu ma story ont répondu à cette dernière. 
Ce constat m’a terriblement fait regretter Instagram. 

Je ne ressens plus la notion humaine sur ce réseau. J’ai l’impression que tout ce qui s’y passe n’est pas naturel, je dirais même que c’est très artificiel. C’est à ce moment que je me suis posé une question.

Instagram est-il devenu indirectement un service de streaming d’un tout nouveau genre ? J’ai l’impression que les utilisateurs d’instagram passent plus de temps à consommer du contenu qu’à en produire. 

Produire du contenu, ce n’est pas que publier des photographies ou réaliser une story. Produire du contenu inclut aussi les commentaires écrits.
Beaucoup de personnes parlent sur Instagram via les messages directs. Or, les messages directs ne rentrent pas tellement dans la philosophie du réseau social, dans la mesure où ils sont privés.

À partir de ce constat, il est viable de se demander quels sont les facteurs responsables de la faible interaction entre les consommateurs et le contenu qu’ils voient sur Instagram.

La première raison est simple. L’interface d’Instagram n’est pas adaptée pour répondre en commentaire.

Tout de même, Instagram insiste sur l’interaction des utilisateurs avec le contenu en proposant depuis peu un système qui permet de poser des questions en story, de faire des sondages ou des quiz. C’est un moyen d’intensifier les interactions avec le contenu.

La seconde raison, c’est un ami qui me l’a dit : “Quand les gens vont sur Twitter, c’est qu’ils ont quelque chose à dire et ce n’est pas le cas avec Instagram”. 

Dans beaucoup de cas, cela me semble vrai. Je peux le prouver par mon utilisation. 

Quand je saisis mon smartphone car je dois patienter, j’ai le réflexe d’ouvrir Instagram car je sais que je vais de suite obtenir du contenu qui va me distraire. C’est beaucoup moins le cas avec Twitter. 

La pertinence des informations est moins grande sur Twitter, c’est à l’utilisateur de se tourner vers ce qui lui intéresse le plus.
Instagram nourrit notre esprit en nous attirant à l’aide d’algorithmes très poussés. Ces algorithmes ont d’ailleurs tendance à nous refermer sur un contenu bien précis produit par seulement quelques comptes. Twitter demande à l’utilisateur de trier l’information.

Sur Twitter, c’est entre deux et cinq tweets qui s’affichent simultanément à l’écran. Sur Instagram, ce chiffre s’abaisse à un pour les publications.

En conclusion, Instagram a un rôle de fournisseur de contenu majeur dans son fonctionnement. Et son fonctionnement est aujourd’hui plus basé sur le contenu que sur l’interaction.

Pour combler ce manque d’interaction, la parade d’Instagram est depuis toujours les likes. D’un simple appui, l’utilisateur évoque son enthousiasme pour une photo.

Le problème est en fait l’utilisation massive de ce système de likes.

Il n’y a point longtemps, j’ai vu un compte Instagram qui informait les lycéens Toulousains des futures manifestations se faire pirater.
Ce compte suivi par plus de 2000 personnes s’est transformé en quelques minutes en un compte qui soi-disant vend des skins Fortnite !
Après avoir supprimé toutes les publications du propriétaire du compte, celui qui l’a piraté a publié une photo avec une petite phrase ironique envers le vrai propriétaire du compte. 

Cette publication a été liké plus de 100 fois. Cela révèle bien ce dont je doutais. 
Beaucoup de personnes likent les posts sans même essayer de les comprendre.
Ce comportement remet donc en cause la pertinence de la fonction like.

C’est là que le retrait du nombre de likes est intéressant. On minimise les conséquences de l’utilisation de cette fonctionnalité, ce qui va éviter son emploi massif. Tout de même, seul l’utilisateur pourra consulter ce chiffre et savoir qui a liké.

D’un autre point de vue, c’est un “critère de jugement de la popularité” qui disparaît.

Il ne reste alors qu’un seul moyen d’interaction visible avec les publications, les commentaires. 
Le commentaire est un outil fantastique. Il permet d’exprimer son opinion de manière distincte des autres. C’est la meilleure des récompenses que l’on peut faire aux producteurs de contenu.

Le retrait du nombre de likes va favoriser les commentaires. Et les commentaires représentent bien plus l’engagement réel des utilisateurs à propos d’un contenu que les likes.

Revenons-en à l’estimation de la popularité sur Instagram. Sans le nombre de likes, seul le nombre d’abonnés témoigne de ce facteur de popularité qui serait “quantifiable”.

Mais la popularité est-elle un bon moyen de juger une personne et son contenu ? 
Je ne pense pas. Ou du moins, ce principe ne s’applique pas à tout le monde. 
Le meilleur des moyens de démontrer cela est de mettre en lumière la montée exponentielle des achats d’abonnés.

Il est alors judicieux de se demander la pertinence de la présence de ce chiffre sur Instagram.
Personnellement, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un chiffre intéressant à garder.
Au lieu de cela, il serait – je pense – judicieux d’instaurer de nouvelles règles.
J’imagine un algorithme inconnu de tous et qui évolue au fil du temps.

Cet algorithme devrait prendre en compte le nombre de commentaires, le nombre d’abonnés et le nombre de likes.

Mais tous ces nombres seraient inconnus des utilisateurs. Après exploitation de ces donnés, l’algorithme devrait définir de manière schématique le taux d’interaction des utilisateurs avec le contenu. Ce placement schématique ne devrait surtout pas présenter de repère avec un quelconque nombre. Les nombres sont responsables de l’achat des abonnés et de la triche de certains utilisateurs au nom de la “popularité”.

Il s’agirait d’un outil qui ne peut pas être gouverné par les utilisateurs d’Instagram car son fonctionnement ne serait pas connu. Cet outil serait plus qu’important pour les influenceurs et les agences qui ont besoin de savoir l’influence des personnes sur la plateforme.

En dernier lieu, abordons les achats illégaux d’abonnés et de likes sur Instagram. Le retrait des likes mettra fin à ces pratiques devenues si répandues. Or, je crains voir de plus en plus de faux commentaires.

En fait, les faux commentaires sont déjà très répandus. Et je pense que le retrait du nombre de likes va les favoriser. Le but principal des faux commentaires est de ramener l’utilisateur vers le compte de l’auteur du faux commentaire. Cela augmente les chances de gagner des abonnés vu que plus de personnes consultent le compte. Or, dans la configuration actuelle d’Instagram, la notion d’abonnés existe toujours.

C’est alors que le seul moyen de cesser entièrement ces pratiques est de faire disparaître nombre d’abonnés et de likes. Seul un graphique de représentation du taux d’engagement serait présent pour les influenceurs. Ce graphique devrait pouvoir être affiché à la demande de l’utilisateur.

Ce moyen d’agir permet de cesser ces pratiques naturellement. Il existe un autre moyen, mais Instagram ne cherche pas à l’utiliser.

Les programmes informatiques qui publient de faux commentaires, de faux likes et qui s’abonnent temporairement réalisent leurs actes massivement.
Il va de soi qu’une personne qui s’abonne et se désabonne à 100 comptes par heure, met autant de likes et de commentaires sur chaque publication n’est pas une personne réelle.

Dans l’absolu, il est plus que simple pour Instagram de bloquer ces utilisateurs.

Or, Instagram est pris à son propre jeu. Celui de la popularité. Instagram fait des concessions sur la pertinence de son réseau social pour laisser place à des résultats d’utilisation du réseau impressionnants.

Le maître qui devrait montrer l’exemple à ses élèves réalise en fait les mêmes fautes que ces derniers. Pire, il en est tout aussi conscient que ses élèves.

Je pense que c’est la preuve la plus forte que le fonctionnement actuel de ce réseau est à revoir.

Si mon raisonnement est valable en premier lieu pour Instagram, il pourrait très bien s’appliquer pour Twitter et pour d’autres.
Je voudrais voir cette course intempestive à la popularité cesser pour faire place à un contenu plus apprécié par ceux qui le consomment, et que ces derniers prennent plus le temps de réagir aux publications.

C’est ainsi que les réseaux sociaux deviendraient plus sociaux.

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